L'Église entre territoires et communautés mouvantes

 

 

 

« L'Église est appelée par le Christ à cette réforme permanente dont elle a perpétuellement besoin en tant qu'institution humaine et terrestre ».

(Concile Vatican II, Décret sur l'œcuménisme, n°6).

 

 

 

Cette réforme permanente des pratiques pastorales par un retour incessant à l'Evangile du Christ s'est quelque peu enlisée. Aussi, tout mouvement engendrant désordre et crainte, le territoire, supposé stable, vient-il opportunément rassurer et la création d'événements resserrer les rangs de fidèles disséminés.

 

 

Réforme des pratiques

 

La vie paroissiale de l'après concile s'est concentrée sur la mise en œuvre des réformes de liturgie puis de gouvernance avec la mise en place des conseils, le regroupement des paroisses, etc. Elle se trouvait alors en concurrence, non plus avec le dynamisme des mouvements d'Action Catholique soucieux de la vie sociale (vie de travail, vie de quartier...), mais avec celui de communautés très diverses qui avaient en commun d'être relativement « nouvelles » dans leur structuration interne et dans leur expression (modes de prière, œuvres médiatiques, artistiques, etc.).

 

De même que les mouvements d'Action Catholique avaient gagné du terrain, marquant leur territoire et propulsant leurs aumôniers aux responsabilités (évêques, vicaires généraux, chefs de services diocésains), de même les communautés « nouvelles » ont amené des hommes nouveaux aux responsabilités ecclésiastiques et progressivement pris en charge sanctuaires, paroisses, séminaires, services, etc. Etendant leur influence, ces groupes comparent le nombre de postes qu'ils obtiennent dans les curies, diocésaines et vaticane, et la surface au sol qu'ils occupent.

 

 

Une pastorale événementielle

 

La période des réformes étant provisoirement clause, la pastorale événementielle est venue réveiller les ardeurs assoupies. Déjà dans l'Action Catholique les congrès constituaient des événements scandant la vie des mouvements et frappant l'opinion. Les communautés non territoriales ont fait de même à travers les temps forts que sont pèlerinages, festivals, retraites, processions, missions, ... qu'elles animent et organisent.

 

Les communautés territoriales n'ont pas été en reste et ont promu des célébrations solennelles pour les confirmations, les synodes, les canonisations, etc. Ces événements sont vécus comme des affirmations de soi : non pas affirmation d'une identité propre par l'accumulation de témoignages de vie, la démonstration de force ou la célébration du fondateur, mais affirmation de l'unité de tout un territoire autour de son pasteur, celui du moment, vers qui convergent les regards (rassemblement autour d'un pape, d'un évêque, d'un curé), comme une mise en scène de la variété des appartenances et des expressions ecclésiales. Participer à ces événements, c'est (dé)montrer le lien permanent de chacun avec le Christ, c'est comme participer aux événements du cycle liturgique, en somme une nouvelle manière de « faire ses pâques ».

 

Ces pratiques pastorales cherchent ainsi à créer les conditions favorables pour qu'une communauté d'Eglise soit édifiée, sans trop vérifier d'ailleurs quel est le lien des uns et des autres avec le Christ :

• communautés constituées par un territoire (un quartier, une commune, un canton, un département), caractérisées par la proximité de résidence  quels que soient les âges, professions ou opinions ;

• communautés constituées par une sensibilité religieuse (proximité dans le mode de penser, d'agir, de réagir, de prier ou de s'engager dans la société), qui ignore les frontières géographiques.

 

La paroisse étant « une communauté de fidèles, stable, confiée à un pasteur », sans autre précision de la part du Droit Canon de 1983 (c.515), reste donc à inventer, à retrouver, parfaire..., la forme du lien qui unit toutes ces communautés éparses, lien qui manifeste à la fois les identités propres et l'identité partagée. Problème d'ailleurs récurrent qui se pose à chaque époque de la vie ecclésiale, oscillant entre rejet et intégration des différences : entre une Eglise monolithe et une Eglise mosaïque.

 

G.Decourt, décembre 2010,
paru dans Regards, Antenne sociale, Lyon, n°49, octobre 2011