La valeur des valeurs

 

Le terme de "valeur" n'a pas toujours bonne presse. Pour certains, en effet, il évoque des systèmes de pensée et d'action (système de valeurs) avec leurs priorités (hiérarchie des valeurs) et leur emprise morale (jugement de valeur) sur les individus et les groupes.

La sociologie des valeurs cherche à comprendre, expliquer, interpréter ce qui fonde la pensée et l'action des sociétés : ce qui compte pour les individus et les groupes. Elle s'intéresse non seulement aux systèmes religieux, philosophiques, moraux, mais aux opinions, attitudes et comportements des personnes, des groupes, des coreligionnaires, des citoyens de tel pays, des habitants de telle contrée, des employés de telle entreprise, etc.

L'évaluation, pratique courante des politiques urbaines et sociales, relève de la sociologie des valeurs dans la mesure où elle n'en reste pas à l'évaluation comptable ou à l'évaluation des process, mais cherche à apprécier le type de valeurs que veulent promouvoir et mettre en oeuvre les actions étudiées. Faute de s'intéresser aux fondements des finalités des politiques, des dispositifs, des entreprises, qu'elles soient économiques, sociales, sportives, culturelles..., les travaux d'évaluation se limitent à améliorer des fonctionnements, à estimer leur réussite, à mesurer leur efficacité, leur efficience, etc., sans jamais interroger la société sur leur bien-fondé et ni aider cette société à progresser.

La philosophie s'interroge sur l'origine des valeurs et les conditions de leur avènement. C'est le propos de l'axiologie. Le Conseil Economique et Social de l'ONU, dans un travail de 1997-98 sur la protection sociale et la vulnérabilité des populations, s'inscrit dans cette ligne lorsqu'il définit l'axiologie comme "un exposé des valeurs et des principes essentiels d'une population". Ainsi peut-il envisager une axiologie universelle avec les droits de l'Homme, le bien-être des personnes, et des principes stratégiques de développement. (version .pdf, lire n°36).

Les enquêtes européennes, effectuées depuis 1981, sur l'évolution des valeurs reposent, quant à elles, sur une définition sociologique. Près d'une centaine de questions permettent de comparer l'évolution des valeurs entre groupes nationaux. Il n'y a pas de jugement de valeur porté sur ces évolutions, mais un constat dressé à partir des réponses données, les valeurs étant considérées comme des productions, des constructions sociales , assez proches de ce que l'on nomme en psychosociologie des attitudes, par rapport aux comportements pour les individus, et des normes, par rapport aux déviances pour les groupes.(lire Bréchon, Tchernia .pdf)

L'interrogation sur la "valeur" de ces valeurs ressort des traditions collectives et des options personnelles. Les religions, les philosophies, les morales, les histoires nationales, les entreprises, les civilisations, etc. donnent des éléments d'appréciation de la valeur des valeurs. Ainsi peut-on parler de droits imprescriptibles de la personne, de valeurs républicaines, de tabous religieux, de primat de la raison, etc. : autant d'indicateurs de la hiérarchisation des valeurs dans tel contexte.

C'est à ce niveau que se fonde le dialogue entre cultures sur lequel repose l'avenir de notre commune humanité. Qui est l'humain pour les uns et pour les autres ? Quelle est une société humaine ? Quelle est notre humanité ? C'est aux réponses à ce type de question que la sociologie des valeurs participe.

 

janvier 2003