L’Organisation Scientifique du Travail (OST)

 

TAYLOR, Frédéric Winslow (1856-1915)

 

 

 

« Le gouvernement des hommes sera remplacé par l’administration des choses ».

 

C’est dans cette tradition saint-simoniste que s’inscrivent les travaux de Taylor que Charlie Chaplin a illustrés dans son film « Lumière sur la ville ». L’idée venait d’un français, Henri FAYOL.

 

 

 

FAYOL, Henri (1841-1925)

 

Dans l’ouvrage « Administration industrielle et générale », paru à sa mort en 1925, à Paris, chez Dunod, Henri FAYOL distingue 6 fonctions dans une entreprise : la technique, le commercial, le financier, la sécurité, la comptabilité et l’administration.

 

Il démontre que les performances d’une entreprise sont améliorées lorsque celle-ci est hiérarchisée et centralisée.

 

Il décrit les 5 activités de la fonction administrative : prévoir, organiser, commander, coordonner et contrôler.

 

Ces idées traversent l’Atlantique et seront mises en œuvre par TAYLOR.

 

 

TAYLOR, Frédéric Winslow (1856-1915)

 

Dans son ouvrage « La Direction scientifique » paru en 1911 et édité en français en 1957 à Paris chez Dunod, TAYLOR affiche son objectif : supprimer l’opposition entre ouvriers et patrons par le recours à une science du travail qui permettra la prospérité de l’entreprise, qui est celle à la fois des dirigeants et des salariés. Il argumente ainsi son idée.

 

 

Ancien système

 

L’ouvrier avait un savoir-faire qu’il transmettait de bouche à oreille et par l’observation directe. Il n’était stimulé à prendre des initiatives que par des augmentations de salaires.

 

Or l’ouvrier est tenté par la « flânerie » : il ne compte pas son temps d’exécution, il a même tendance à freiner l’exécution d’une tâche. C’est d’ailleurs là sa marge de pouvoir sur le patron qui l’exhorte au rendement, un rendement basé uniquement sur la motivation de l’ouvrier.

 

Le temps de travail est la façon pour l’ouvrier de maximiser le prix de son travail : plus la tâche est longue à exécuter (et lui seul le sait), plus elle est rémunérée.

 

Le salaire constitue donc la seule motivation de l’ouvrier qui ne trouve d’autre intérêt à sa tâche que la rémunération.

 

 

Solution

 

TAYLOR propose la solution suivante : pour sortir de ce dilemme sur le coût du temps de travail, il faut faire calculer le temps d’exécution de chaque tâche ni par le patron ni par l’ouvrier, mais par un tiers. Ainsi, l’objectivation (scientifique) du temps réduira l’incertitude sur le temps nécessaire à une tâche.

 

Ce qu’il demande à l’ouvrier « ce n’est pas de produire plus par sa propre initiative, mais c’est d’exécuter ponctuellement des ordres donnés dans les moindres détails » (Principes d’Organisation Scientifique des Usines, 1920, Paris, Dunod, pp.104-105).

 

 

Nouveau système

 

Dans chaque usine est crée une direction pour étudier le travail. Elle :

-          définit les tâches : c’est la « division » du travail,

-          forme les ouvriers : c’est la « spécialisation » des ouvriers et leur coopération,

-          contrôle l’exécution des tâches.

 

C’est le « bureau des méthodes ».

 

Ainsi, naît la notion de « productivité » avec le calcul du temps d’exécution et une rémunération par le salaire et des primes ou promotions de rendement.

 

La « taylorisation » est la compétition pour accroître le rendement individuel et donc collectif en additionnant les performances des chacun, par capitalisation.

 

 

Conséquences

 

Les méthodes de travail s’en trouvent transformées par plusieurs innovations.

 

-          La mesure

o       du temps d’exécution des tâches par le chronométrage, c’est le début de l’ergonomie,

o       des mouvements entre les diverses tâches par la planification, c’est le début de la traçabilité.

 

-          La séparation entre

o       tâches d’exécution, où il n’y a pas d’investissement de soi (on peut penser à autre chose pendant l’exécution d’une tâche) ni réalisation de soi (d’où un sentiment de frustration),

o       tâches de conception qui nécessite un investissement de soi.

C’est l’opposition entre « cols bleus » de travail et « cols blancs » des bureaux.

 

-          La spécialisation et la division du travail ont des effets ambivalents :

o       Efficacité et amélioration du rendement, d’une part,

o       émiettement des tâches, d’autre part (FRIEDMANN G., Le Travail en miettes, 1964).

 

L’augmentation de la productivité des usines aura des conséquences sociales importantes :

 

-          Une hausse du niveau de vie qui vient de :

o       la hausse des salaires,

o       la baisse des prix des produits,

-          Un changement des temps de travail en raison de :

o       la réduction du nombre d’heures de travail,

o       la séparation entre lieux de travail et lieux de résidence,

o       la soumission du temps de travail aux exigences de l’entreprise,

o       l’apparition de temps non travaillés.

 

 

L’Organisation Rationnelle ou Scientifique du Travail permet de définir :

-          des postes de travail avec des profils de poste et des plans de formation,

-          un organigramme décrivant les relations entre postes de travail,

-          des objectifs assignés à chaque poste de travail.

 

 

 

 

 

 

CONCLUSION

 

 

C'EST A L'AUGMENTATION DE LA PRODUC­TIVITÉ DE CHAQUE HOMME QUE LE PAYS DOIT SA PLUS GRANDE PROSPÉRITÉ .

 

Le bénéfice le plus important sera pour l'ensemble du monde.

 

L'avantage matérielle plus grand que notre génération a reçu des générations passées est dû au fait que l'homme moyen de notre génération, pour une dépense donnée d'énergie, produit deux, trois et même quatre fois plus des biens néces­saires à l'homme que ce qu'il n'était possible dans le passé. Cette augmentation de la productivité de l'effort humain est naturellement due à de nombreuses causes en dehors de l'augmentation de l'habileté personnelle de l'homme. Elle est due à la découverte de la vapeur et de l'électricité, à l'intro­duction du machinisme, aux inventions grandes et petites, et aux progrès dans les sciences et dans l'instruction. Mais quelles que soient les causes de cette augmentation de pro­ductivité, c'est à l'augmentation de productivité de chacun que le pays entier doit sa plus grande prospérité.

 

Ceux qui craignent qu'une grande augmentation de pro­ductivité de certains ouvriers réduise au chômage d'autres ouvriers, doivent se rendre compte que le seul élément qui, plus que tout autre, différencie les pays civilisés de ceux qui ne le sont pas, les peuples prospères de ceux qui sont affligés par la pauvreté, est que le citoyen moyen des uns est cinq ou six fois plus productif que celui des autres. C'est aussi un fait que la principale cause du chômage important en Angleterre (qui est peut-être la nation la plus virile du monde) est que les ouvriers anglais plus que ceux de n'importe quel autre pays civilisé limitent délibérément leur rendement parce qu'ils croient que travailler autant qu'on le peut est contraire à leur intérêt.

 

La généralisation de l'application du système de direction scientifique doublera dans l'avenir la productivité de l'ouvrier moyen. Réfléchissez à ce que cela signifie pour l'ensemble du pays. Réfléchissez à l'augmentation des biens disponibles pour l'ensemble du pays, qu'il s'agisse de biens de première nécessité ou d'objets de luxe, à la possibilité de réduire la durée du travail quand cela est souhaitable et aux occasions plus nombreuses d'instruction, de culture et de loisirs que ceci implique.

 

Mais tandis que le monde entier profitera de cette augmen­tation de production, l'industriel et l'ouvrier seront beaucoup plus intéressés par le gain local qui en provient, aussi bien pour eux que pour les gens qui les entourent. La direction scientifique signifie, pour les employeurs et les ouvriers qui l'adoptent, et particulièrement pour ceux qui l'adoptent en premier, la suppression de presque toutes les causes de désac­cord et de discussions entre eux. Ce qui correspond à une juste tâche journalière devient l'objet d'une enquête scientifique au lieu d'un sujet de marchandage. La flânerie systématique cesse parce que sa cause a disparu. L'augmentation importante de salaire qui va de pair avec ce mode de direction supprime en grande partie les discussions engendrées par la question des salaires. Mais plus que toutes les autres causes, la coo­pération étroite et intime, le contact personnel constant entre ouvriers et membres de la direction tendront à diminuer les causes de friction et de mécontentement. Il est difficile pour deux personnes dont les intérêts sont les mêmes et qui tra­vaillent côte à côte pour atteindre le même objectif à longueur de journée d'entretenir une querelle.

 

Le bas prix de revient qui découle du doublement du ren­dement permettra aux entreprises qui adoptent ce genre de direction, en particulier à celles qui l'adoptent en premier, de surmonter la concurrence beaucoup mieux qu'auparavant ; ainsi leur marché sera tellement élargi que leur personnel pourra travailler d'une façon presque constante, même en période de crise; à toutes époques, elles feront de plus grands bénéfices.

 

Tout ceci signifie une augmentation de la prospérité et une diminution de. la pauvreté .non seulement pour le personnel de l'entreprise, mais aussi pour toute la communauté dans laquelle se trouve l'entreprise.

 

L'une des causes de ce grand gain de productivité, est le fait que chaque ouvrier a été systématiquement entraîné pour atteindre son plus haut niveau d'efficience. On lui a appris à exécuter un travail d'un niveau plus élevé que celui qu'il était capable d'accomplir dans les anciens systèmes de direction. En même temps, il a acquis un état d'esprit amical vis-à-vis de ses employeurs. Il n'est plus mécontent de ses conditions de travail, tandis que précédemment il passait une partie considérable de son temps à critiquer, à surveiller les événements avec méfiance et quelquefois en guerre ouverte. Ce gain direct pour tous ceux qui travaillent dans ce système i est sans aucun doute le point le plus important de toute la question.

 

L'obtention de tels résultats n'est-elle pas plus importante que la solution de la plupart des problèmes qui agitent actuellement les peuples anglais et américain ? N'est-ce pas le devoir de tous ceux qui ont acquis la connaissance de ces faits de s'efforcer d'en faire comprendre l'importance à tous les membres de notre peuple ?

 

TAYLOR, F.W., La Direction scientifique des entreprises, 1957, Paris, Dunod, pp.307-309, éd. américaine 1911.