Mesurer la santé

 

 

Depuis longtemps les communes déclarent le nombre de certaines maladies contagieuses. Par les cellules de veille, on surveille la progression d’une épidémie. Les dépenses de pharmacie, soins, recherches, équipements..., sont chiffrées. Les entreprises déclarent le nombre d’absences pour raison de maladie. Etc. Etc. On sait mesurer, quantifier, calculer.

 

Dans approche quantitative des problèmes de santé, la question posée est celle de la signification des résultats obtenus.

 

 

Si la santé est l’absence de maladies,

en comptant le nombre de malades, on mesure a contrario la santé.

 

En fait on sait mesurer la « morbidité », l’état de la maladie, à condition de savoir identifier la maladie à partir des symptômes ou des analyses. L’Organisation Mondiale de la Santé fournit une liste, régulièrement révisée, des maladies : c’est la Classification Internationale des Maladies (C.I.M.), fruit des recherches « nosologiques » sur les pathologies.

 

Ensuite, pour chaque type de maladie, on mesure la gravité de la situation. Pour cela on estime les risques encourus par cette maladie : suites handicapantes ou décès, par un diagnostic médical.

 

-          Pronostic d’invalidité

Il comporte 8 degrés établis en fonction du niveau de vie d’une société et des exigences de celle-ci par rapport aux individus : une névralgie, une amputation, un cancer empêchent-ils de travailler ? de faire telle activité ? avec quels risques pour la qualité du travail ou pour le voisinage ? (c’est une appréciation sociale).

 

-          Pronostic vital

Il  comporte 6 degrés établis à partir des risques vitaux connus pour telle maladie (c’est une appréciation objective) et de la résilience de la personne, c’est-à-dire de son état général qui lui permet de trouver en elle-même la capacité de résistance à la maladie (c’est une appréciation subjective).

           

On voit immédiatement que des facteurs personnels et sociaux entrent en ligne de compte pour estimer les risques. Ainsi le vieillissement est-il un facteur aggravant de la maladie, mais il est n’est pas seulement lié à l’âge, car certaines personnes ont un vieillissement prématuré par comparaison avec d’autres, et l’âge à partir duquel on est « vieux » dépend de la société dans laquelle on vit.

 

C’est pourquoi on mesure aussi le niveau d’espérance de vie : un individu né à telle date dans tel pays a une espérance de vie jusqu’à tel âge. On mesure aussi l’espérance de vie des nourrissons, car c’est généralement un indicateur du niveau de santé général d’une société, la mortalité infantile n’étant plus acceptée dans nos sociétés comme elle l’était, par nécessité, autrefois.

 

 

Si la santé est un bien-être,

la mesure du bien-être dépend de ce que les individus d’une société donnée désignent sous ce terme.

 

 

Le bien-être est l’absence de maladie, mais aussi l’absence de handicap à la naissance, par accident, ou suite à une maladie, et encore un état mental et social.

 

On doit d’abord analyser la perception qu’ont les individus de leur état de santé et de l’état de santé nécessaire dans leur société, puis chiffrer les efforts nécessaires pour répondre à ces demandes :

 

- mesurer le niveau des ressources, humaines et matérielles, mises à disposition des populations pour éviter la maladie ou la guérir (c’est l’offre globale de soins),

 

- mesurer le niveau des dépenses de santé, publiques ou privées,

 

- mesurer, plus difficilement, le niveau de prévention : l’amélioration des conditions de vie, la disparition de comportements dangereux pour la santé, la recherche sur les caractères héréditaires, etc., autant de facteurs de réduction des risques vitaux ou invalidants.

 

 

Obligation de moyens, obligation de résultats

 

 

La mesure des efforts privés et publics de prévention, de dépenses, d’offre de soins, indique l’importance qu’une société accorde aux problèmes de santé, mais pas forcément le niveau de santé des individus.

 

Pour savoir si l’état de santé générale s’améliore, on procède à des comparaisons de deux ordres :

-          synchronique, l’état de santé de la population d’un même pays, d’une même catégorie sociale, à deux dates différentes,

-          diachronique, l’état de santé de populations de pays différents, de catégories sociales différentes, à la même date.

 

On mesure :

-          la mortalité évitable grâce aux soins,

-          la mortalité par maladie,

-          la mortalité prématurée en calculant le nombre d’années potentiellement perdues, selon les maladies devenues fatales,

 

Dans une gestion assurantielle de la santé, assurances sociales ou assurances privées, pour établir le niveau des primes, on croise coûts des soins, qui découlent des politiques de santé, et estimation des risques, qui découlent des connaissances. Dans la gestion publique de la santé, on estime, à partir des exigences de santé de la population, le coût des ressources, humaines et matérielles, mises à disposition.

 

Dans les pays où ne sont pas directement pris en compte les exigences de la population, ce sont les dirigeants qui fixent le niveau et le type des dépenses à partir de leur vision de la société et/ou des ressources financières disponibles. L’O.M.S. intervient pour faire appliquer des normes de santé universellement admises et apporte pour cela des ressources humaines et matérielles.